Ce que devient un profil quand la personne n'est plus là

Page commémorative Facebook : compte de commémoration, contact légataire, démarches et limites, et ce qu'apporte une page de mémoire familiale.

Alina Irene
Alina Irene écrit sur la mémoire, le silence et la sagesse.
Une petite bougie allumée dans la pénombre

Le premier anniversaire après sa mort, le téléphone a vibré à huit heures du matin. « C'est l'anniversaire de Claire aujourd'hui. Souhaitez-lui une belle journée ! » Sa sœur a posé le téléphone face contre la table et n'y a plus touché de la matinée.

Plus tard, elle a ouvert le profil. Tout était là : les photos de vacances, la recette de clafoutis partagée trois ans plus tôt, les commentaires d'amis qu'elle ne connaissait pas. Une vie entière rangée à l'envers, du plus récent au plus ancien, sous un bandeau publicitaire.

C'est souvent à ce moment-là que les familles cherchent ce que l'on appelle une « page commémorative Facebook ». Voici ce qu'elle est réellement, ce qu'elle permet, ce qu'elle ne permet pas, et ce que d'autres solutions peuvent offrir à côté.

Qu'est-ce qu'une page commémorative Facebook ?

Dans le vocabulaire de Facebook, il ne s'agit pas d'une page à part, mais d'un compte de commémoration : le profil existant de la personne décédée, transformé à la demande d'un proche.

Concrètement, une fois le compte transformé :

  • la mention « En souvenir de » apparaît à côté du nom ;
  • les publications et photos restent visibles pour les personnes avec qui elles avaient été partagées ;
  • selon les paramètres de confidentialité, les amis peuvent continuer à partager des souvenirs ; sur certains comptes, ces messages sont regroupés dans une section dédiée aux hommages ;
  • le profil n'apparaît plus dans les rappels d'anniversaire, les suggestions d'amis ni les publicités ;
  • personne ne peut plus se connecter au compte, pas même la famille.

C'est une façon de figer le profil tel qu'il était, en retirant ce qui blessait le plus, comme ces rappels automatiques.

Les chercheurs Jed Brubaker, Gillian Hayes et Paul Dourish ont étudié ces profils dans un article publié en 2013 dans la revue The Information Society, « Beyond the Grave ». Ils y décrivent comment les profils survivent à leurs propriétaires et comment les réseaux sociaux étendent le souvenir partagé dans le temps, dans l'espace et dans le cercle des personnes concernées : Concrètement, des amis lointains, d'anciens collègues, des personnes que la famille n'a jamais rencontrées viennent y écrire, parfois longtemps après la cérémonie.

Le contact légataire : ce qu'il peut faire, et ce qu'il ne peut pas

Facebook permet à chaque utilisateur de désigner, de son vivant, un contact légataire : une personne qui gérera certains aspects du compte s'il est transformé en compte de commémoration.

Le contact légataire peut notamment :

  • épingler une publication en haut du profil, par exemple pour annoncer la cérémonie ou partager un message ;
  • changer la photo de profil et la photo de couverture ;
  • répondre aux nouvelles demandes d'ami ;
  • décider qui peut voir et publier des hommages, et supprimer des hommages ;
  • télécharger une copie de ce que la personne a partagé, si elle l'a autorisé à l'avance ;
  • demander la suppression du compte.

Il ne peut pas, en revanche :

  • se connecter au compte ;
  • lire les messages privés ;
  • retirer des amis ou modifier les anciennes publications.

Si aucun contact légataire n'a été désigné, le compte de commémoration ne peut plus être modifié par personne. C'est un point que beaucoup de familles découvrent trop tard. Si vous lisez ces lignes pour vous-même, le réglage se trouve dans les paramètres de votre compte, à la rubrique consacrée à la commémoration.

Comment faire transformer un compte en compte de commémoration

La démarche se fait en ligne, via un formulaire de Facebook prévu à cet effet. Un ami ou un membre de la famille y indique le nom complet de la personne, le lien vers son profil, et fournit une preuve du décès, comme un avis de décès, un faire-part ou un acte de décès dont les informations correspondent au profil.

Une autre possibilité existe : demander la suppression du compte. Dans ce cas, Facebook demande en général un acte de décès et vérifie que la demande vient d'un proche parent ou de l'exécuteur testamentaire. Si la personne avait elle-même choisi, de son vivant, que son compte soit supprimé après sa mort, ses publications, photos et messages sont effacés dès que Facebook est informé du décès. Et s'il existe un contact légataire, c'est à lui que revient cette demande.

Certaines familles choisissent aussi de créer un groupe Facebook en souvenir de la personne, à côté de son profil : un espace où chacun publie photos et anecdotes, administré par un ou plusieurs proches.

Les limites d'un profil devenu mémorial

Le compte de commémoration rend un vrai service : il évite que le profil disparaisse ou continue à vivre comme si de rien n'était. Mais il a été pensé pour cela, et pas pour autre chose.

Quelques limites reviennent souvent dans ce que racontent les familles :

  • Le profil raconte la vie telle qu'elle a été publiée, pas telle qu'elle a été vécue. L'enfance, les années d'avant les réseaux sociaux, le métier, les voyages des années 1970 n'y figurent pas.
  • La famille ne peut ni ajouter ni réorganiser. Sans accès au compte, impossible de compléter une biographie, de rassembler les photos d'enfance ou de corriger une date.
  • L'audience dépend de réglages anciens. Ce qui était visible des seuls amis le reste ; certains proches, ou ceux qui n'ont pas de compte, n'y ont parfois qu'un accès limité.
  • Les hommages se mêlent au fil. Les messages s'empilent, et un souvenir précieux écrit il y a deux ans devient difficile à retrouver.
  • Le compte reste soumis aux règles de la plateforme, qui peuvent évoluer avec le temps.

Nathalie, qui gère le groupe créé pour son frère, résume : « Le profil, c'est sa vie à lui, comme il l'a montrée. Ce qui manquait, c'était notre vie avec lui. »

Ce qu'apporte une page de mémoire qui appartient à la famille

Une page de mémoire indépendante ne remplace pas le profil Facebook : elle répond à une autre attente. Elle est créée par la famille, organisée comme elle le souhaite, et raconte la vie entière, pas seulement ses dernières années en ligne.

Sur Stella Memoria, par exemple, la famille rassemble l'histoire de la personne, ses photos, des vidéos et même des enregistrements de sa voix sur une page qui reste. Les proches peuvent y ajouter leurs souvenirs et leurs photos de n'importe où, et les visiteurs y laisser une bougie, une fleur ou une prière. Vous pouvez parcourir une page d'exemple, ou lire notre guide pour créer une page de mémoire en ligne.

Beaucoup de familles utilisent les deux : le compte de commémoration pour les amis qui étaient déjà là, et une page de mémoire pour raconter le reste, et pour ceux qui viendront plus tard.

Le profil de Claire est toujours en ligne. Sa sœur y passe de temps en temps, lit un commentaire, regarde une photo. Mais la recette de clafoutis, elle l'a recopiée ailleurs, avec l'histoire de la première fois où elles l'avaient ratée ensemble. Celle-là, Facebook ne la connaissait pas.

Questions fréquentes

Comment créer une page commémorative Facebook pour un proche décédé ?

On ne crée pas une nouvelle page : on demande la transformation du profil existant en compte de commémoration, via le formulaire prévu par Facebook. Le formulaire demande le nom de la personne, le lien vers son profil et une preuve du décès, comme un avis de décès. Certaines familles créent aussi un groupe Facebook en souvenir de la personne.

Qui peut gérer un compte Facebook de commémoration ?

Seul le contact légataire, désigné par la personne de son vivant, peut gérer certains éléments : publication épinglée, photo de profil, demandes d'ami, hommages. Il ne peut ni se connecter au compte ni lire les messages privés. Sans contact légataire, personne ne peut modifier le compte une fois transformé.

Peut-on supprimer le compte Facebook d'une personne décédée ?

Oui. Un proche parent ou l'exécuteur testamentaire peut en faire la demande, généralement avec un acte de décès. Si un contact légataire a été désigné, c'est lui qui peut demander la suppression. La personne peut aussi avoir choisi elle-même, de son vivant, que son compte soit supprimé après son décès.

Les messages privés d'un compte de commémoration sont-ils accessibles à la famille ?

Non. Ni la famille ni le contact légataire ne peuvent se connecter au compte ou lire ses messages privés. Si certains échanges comptent beaucoup pour vous, la seule copie disponible est souvent celle qui se trouve dans votre propre messagerie.

Pour l'envoyer à quelqu'un, ou pour le publier.