Parler de sa mère, de son père, devant ceux qui l'ont connu
Hommage à ma maman décédée ou à mon papa décédé : une structure simple, des exemples de phrases, la lecture à la cérémonie et comment garder le texte.


La cérémonie est dans quatre jours. Quelqu'un, peut-être votre frère, peut-être l'employé des pompes funèbres, a demandé : « Est-ce que l'un de vous voudrait dire quelques mots ? » Et vous avez répondu oui avant d'avoir réfléchi.
Maintenant il est tard. La feuille est blanche, ou plutôt l'écran. Vous avez écrit « Maman » en haut, puis vous l'avez effacé, puis réécrit. Dans la pièce d'à côté, il y a encore son manteau sur la chaise.
Comment résumer une vie en cinq minutes ? On ne la résume pas. On en montre un morceau, assez juste pour que chacun, dans l'assemblée, reconnaisse la personne et retrouve, à côté, ses propres souvenirs. C'est tout ce que l'on attend d'un hommage. C'est déjà beaucoup.
Avant d'écrire : rassembler plutôt que rédiger
Le plus difficile est souvent de commencer par la première phrase. Beaucoup trouvent plus simple de commencer par une liste, sans ordre, sans style.
Vous pouvez noter tout ce qui vient : ses expressions, ses plats, ses manies, ses colères, les chansons qu'elle fredonnait faux, la façon dont il garait la voiture, les objets qu'il ne jetait jamais. Un appel à une tante, à un ami d'enfance, à une ancienne collègue apporte souvent des scènes que vous ne connaissiez pas.
Ce travail de rassemblement a un effet que la psychologie a étudié. En 1986, James Pennebaker et Sandra Beall ont demandé à des étudiants d'écrire, quinze minutes par jour pendant quatre jours, sur un événement très difficile de leur vie, en exprimant à la fois les faits et leurs émotions. Dans les mois qui ont suivi, ceux-là se sont moins souvent rendus au centre de santé de l'université que les étudiants qui avaient écrit sur des sujets neutres. Écrire un hommage n'est pas une expérience de laboratoire, mais beaucoup de personnes le disent : mettre des mots sur une vie aide aussi celui qui les écrit.
Hommage à ma maman décédée, hommage à mon papa décédé : une structure simple
Un hommage n'a pas besoin d'être chronologique. Une structure en cinq temps fonctionne bien pour la plupart des familles.
1. Une ouverture concrète. Une image, pas une généralité. « Ma mère avait toujours un mouchoir en tissu dans la manche gauche. » L'assemblée sourit, elle la voit.
2. Qui elle était, en quelques traits. Deux ou trois qualités, chacune portée par un exemple. Pas « il était généreux », mais « il prêtait sa voiture à tout le quartier et faisait semblant de ne pas remarquer quand on la lui rendait sans essence ».
3. Une ou deux histoires. Le cœur du texte. Une anecdote qui fait sourire, une autre qui dit quelque chose de plus profond.
4. Ce qu'elle vous a laissé. Une phrase, un geste, une manière d'être que vous gardez.
5. Un adieu. Court. Adressé à elle, ou à l'assemblée.
Quant à la longueur : entre trois et cinq minutes de parole, soit environ 400 à 700 mots, conviennent en général. Au-delà, l'émotion rend la lecture difficile, pour vous comme pour ceux qui écoutent.
Exemples de phrases, à reprendre ou à transformer
Pour commencer
- « Je ne vais pas vous raconter toute la vie de maman. Vous en connaissez chacun un morceau. Je voudrais simplement vous parler de la mienne. »
- « Mon père n'aimait pas les discours. Je vais donc essayer d'être bref, et il trouverait que c'est encore trop long. »
- « Quand je pense à ma mère, je vois d'abord ses mains. Toujours occupées. »
Pour parler d'elle, de lui
- « Elle ne disait jamais "je t'aime". Elle disait "tu as mangé ?". Il m'a fallu des années pour comprendre que c'était la même phrase. »
- « Papa réparait tout. Les vélos, les grille-pain, les genoux écorchés de cour de récréation. »
- « Elle avait une opinion sur tout, et elle la partageait volontiers, surtout quand on ne la lui demandait pas. »
- « Il a travaillé trente-deux ans à la même usine et il connaissait le prénom des enfants de chacun de ses collègues. »
Pour dire ce qu'elle laisse
- « Je me surprends à fredonner ses chansons en faisant la vaisselle. Je chante aussi faux qu'elle. »
- « Il m'a appris qu'on peut être ferme sans jamais élever la voix. J'essaie encore. »
- « Ce qu'elle nous laisse, ce n'est pas une maison ou des meubles. C'est une façon d'accueillir les gens. »
Pour finir
- « Maman, merci. Pour tout ce que je sais et pour tout ce que je ne savais pas que tu m'avais donné. »
- « Repose-toi, papa. Tu l'as bien mérité. On s'occupe du jardin. »
- « Je vous invite, en sortant, à vous raconter un souvenir d'elle. C'est ce qu'elle aurait préféré à tout le reste. »
Marc, qui a parlé aux obsèques de son père l'an dernier, nous a confié : « J'avais prévu une phrase solennelle pour finir. Au dernier moment j'ai dit : "Salut, papa." Comme quand je raccrochais le téléphone. Tout le monde a compris. »
La lecture pendant la cérémonie
Quelques gestes simples rendent ce moment plus facile.
- Imprimer le texte en gros caractères, avec des paragraphes courts et de l'espace entre eux. Les mains tremblent, les yeux se brouillent : on se retrouve plus facilement.
- Le lire à voix haute plusieurs fois avant, idéalement devant quelqu'un. Les passages qui font monter les larmes ne disparaissent pas, mais on sait où ils se trouvent.
- Prévoir un relais. Certaines familles confient une copie à un frère, une cousine, un ami, qui pourra prendre la suite si l'émotion est trop forte. Personne n'en tiendra rigueur, au contraire.
- S'autoriser les silences. Une pause, une respiration, une gorgée d'eau. L'assemblée attend, elle est avec vous.
- Regarder quelqu'un de bienveillant dans la salle, de temps en temps, plutôt que la foule entière.
Si vous ne vous sentez pas capable de lire, une autre personne peut le faire à votre place, en précisant que vous en êtes l'auteur. Le texte reste le vôtre.
Après la cérémonie, garder le texte
Le jour même, souvent, quelqu'un s'approche : « Tu pourrais m'envoyer ton texte ? » Puis un deuxième, puis une petite-fille qui n'a pas pu venir. L'hommage commence alors une seconde vie.
Beaucoup de familles le conservent sous plusieurs formes : imprimé et glissé dans l'album photo, envoyé par courriel aux proches, recopié à la main pour un enfant trop jeune pour s'en souvenir. Certains complètent le texte, dans les semaines suivantes, avec les anecdotes que d'autres leur ont racontées à la sortie.
Une page de mémoire en ligne peut aussi l'accueillir. Sur Stella Memoria, la famille réunit le texte, les photos, des vidéos et même un enregistrement de sa voix sur une page qui reste. Les proches, où qu'ils vivent, y ajoutent leurs propres souvenirs, et les visiteurs peuvent y laisser une bougie, une fleur ou une prière. Vous pouvez voir un exemple de page. Et si votre parent est encore là, il est possible de lui poser des questions sur sa vie tant qu'il est temps.
Votre texte ne sera pas parfait. Il sera mieux que cela : il sera le vôtre, avec ses hésitations et ses mots à elle, à lui, glissés au milieu. Ceux qui l'entendront s'en souviendront longtemps, non parce qu'il était bien écrit, mais parce qu'ils y auront reconnu quelqu'un qu'ils aimaient.
Questions fréquentes
Combien de temps doit durer un hommage à un parent lors des obsèques ?
En général entre trois et cinq minutes, soit environ 400 à 700 mots lus calmement. Cette durée laisse le temps de raconter une ou deux histoires sans épuiser celui qui lit. Si plusieurs membres de la famille prennent la parole, chacun peut prévoir un texte un peu plus court.
Comment commencer un hommage à sa maman décédée ?
Une image concrète fonctionne presque toujours mieux qu'une phrase générale : un geste, un objet, une expression qu'elle avait. Par exemple : « Quand je pense à ma mère, je vois d'abord ses mains. » L'assemblée la reconnaît tout de suite et vous suit plus facilement.
Peut-on mettre de l'humour dans un hommage à son papa ?
Oui, et beaucoup de familles le font. Une anecdote drôle, si elle ressemble à la personne, soulage l'assemblée et rend le portrait plus vrai. L'important est que l'humour parle de lui avec tendresse, sans mettre personne mal à l'aise.
Que faire si je pleure en lisant mon hommage ?
C'est très fréquent et personne ne vous le reprochera. Une pause, une respiration, un verre d'eau suffisent souvent à reprendre. Confier une copie du texte à un proche, qui peut continuer la lecture si besoin, rassure beaucoup de personnes.
Pour l'envoyer à quelqu'un, ou pour le publier.